Notre angle de vision pour approcher l'activité des travailleurs se situe dans la lignée des sociologues interactionnistes qui « considèrent la réalité sociale sous l'angle de sa production par les agents » (Grosjean et Lacoste, 1999, p. 8).
Nous pensons que les acteurs construisent leur activité en relation avec différentes "choses" du monde dans lequel ils sont engagés : l’environnement, leur mission (leur travail prescrit), leur univers cognitif, les interactions interpersonnelles, les outils qu'ils utilisent, … L’activité est construite par l’acteur grâce à des négociations, à des transactions, à des interactions avec ces différents "facteurs". Ils s’appuient sur divers aspects de la réalité pour agir dans une situation, en fonction du contexte. Strauss (1992) montre comment les infirmières agissent par rapport aux connaissances qu’elles ont du cas d’un patient, aux liens qu’elles entretiennent avec les autres membres de l’organisation et particulièrement des médecins, au patient, ...
Dans le même sens, Goodwin et Goodwin (1996) montrent que les interactions humaines, les outils, la perception et l’usage du langage se façonnent mutuellement. L’activité des contrôleurs aériens est constituée de nombreuses interactions avec leur environnement de travail, c’est au travers de celles-ci que les agents acquièrent les informations nécessaires à l’élaboration de la suite du processus de traitement des différents cas et à la construction de leurs compétences.
L'activité, au sens de Piaget et Vygotski, désigne des interactions entre le sujet et son environnement, par l'intermédiaire d'objets (qui peuvent correspondre, par exemple, au langage). Ces auteurs nous enseignent que l'environnement a une importance extrême dans l'activité et nous pensons qu'il en va de même pour les activités de travail. (Goodwin & Goodwin, 1996) montrent également le rôle de l'environnement dans la manière de voir quelque chose. Il s'agit en l'occurrence d'employés d'un aéroport et du rapport qu'ils entretiennent avec les objets au centre de leurs préoccupations : les avions. Nous pensons que leurs apports sont généralisables à tout genre d'objet, mais également aux éléments sur lesquels s'appuient les travailleurs dans la construction de leur activité, dans le cours de leur activité.
Enfin, à un niveau plus "intra-psychique", des variables interindividuelles et donc intra-personnelles sont à prendre en compte dans notre regard sur la construction de l'activité des acteurs. Nous qualifions de plus "psychologique" ce niveau d'influence car il est plus personnel, mais cela nous donne également la possibilité de lever une ambiguïté sur ce point. En effet, les trois niveaux d'analyse que nous avons élaborés sont tous, d'une certaine manière, individuels car les acteurs sont uniques et font donc des choix personnellement. Néanmoins, dans les deux premiers niveaux, la probabilité de retrouver des facteurs communs semble plus importante. La littérature psychologique nous apprend comment des facteurs, ou des influences internes peuvent rentrer en jeu dans la manière dont les individus sont et font.
L’apport sociologique par les travaux sur les représentations, mais aussi sur l'identité nous permettent de penser que l'activité des acteurs se construit également sur cette base. Sainsaulieu (1988) nous éclaire en montrant l’existence de plusieurs niveaux d’investissement dans l’activité professionnelle, la recherche de satisfaction au travers de cette activité comporte ainsi des différences selon les domaines où les individus aspirent à la trouver. Il est facile de constater que plusieurs personnes effectuant le même travail au sein d’une organisation ont souvent un sentiment différent envers celui-ci. Pour Sainsaulieu, il existe plusieurs modèles de comportements identitaires dans l’investissement personnel au niveau de son activité et ceci nous amène à penser qu’il en est de même pour chaque métier.
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