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Emploi

Le chômage partiel durant la crise sanitaire : quel bilan ?

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En 2020, la pandémie de Covid-19 a provoqué une crise économique majeure qui aurait pu entraîner, comme ce fût le cas en 2007-2008 lors de la crise des subprimes, une hausse importante des défaillances d’entreprises et des licenciements en France. Face à ce choc inédit, le gouvernement a décidé de suivre la stratégie adoptée par l’Allemagne durant la «grande récession», en subventionnant massivement le chômage partiel, notamment durant le premier confinement. Au plus fort de la crise, près de la moitié des employés du secteur privé étaient ainsi placés sous chômage partiel.

Le gouvernement a, entre autres, simplifié les procédures de mise en place du chômage partiel pour les entreprises et étendu la durée maximale de recours au chômage partiel. De mars à décembre 2020, l’employeur était tenu de verser au salarié, pour chaque heure chômée, une indemnité représentant 70% du salaire horaire brut.

Entre mars et mai 2020, l’État a pris en charge l’intégralité de la rémunération des heures chômées, dans la limite de 4,5 le smic. L’aide accordée par l’État a ensuite été abaissé à 60% du salaire horaire brut en juin 2020, puis a été réduite progressivement jusqu’à atteindre 36% du salaire horaire brut en janvier 2022.

Effets d’aubaines

Nos simulations (à paraître dans la revue Annals of Economics and Statistics) permettent de montrer que, en l’absence de réponse du gouvernement, les licenciements auraient été bien plus nombreux. Grâce aux mesures exceptionnelles, le taux de chômage est resté relativement stable et finalement contenu sous les 9% durant la crise sanitaire.

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Pour cela, nous avons étudié les effets sur l’emploi pour chacun des trois dispositifs de chômage partiel (avant crise, le STW1, entre mars et mai 2022, le STW2, puis entre juin et la fin de l’année, le STW3) si ceux-ci avaient prévalu sur l’ensemble de la période.

Le graphique ci-dessous montre que si le gouvernement avait été passif en laissant en place le dispositif d’avant-crise, le STW1, le taux de chômage aurait augmenté de près de 5 points de pourcentage à l’impact. Notamment, la durée moyenne de chômage des travailleurs peu qualifiés étant relativement longue, il aurait probablement fallu attendre plusieurs années avant de retrouver le taux de chômage d’avant-crise. Au lieu de cela, nous avons observé une hausse de l’ordre de 1 à 2 points de pourcentage (STW2).


Fourni par l’auteur

Nous remarquons également qu’il y a peu de différences en termes de dynamique du taux de chômage entre STW2 et STW3, ce qui suggère que l’on aurait pu atteindre les mêmes performances en termes de taux de chômage si le gouvernement avait appliqué un dispositif légèrement moins généreux dès le début de la crise sanitaire.

Dans la figure ci-contre, nous confirmons cette intuition. Un dispositif intermédiaire tel que STW3 permet de sauver à court terme 3,5% de l’emploi non qualifié, mais le passage de STW3 à STW2 (un dispositif plus généreux) ne sauve que très peu d’emplois supplémentaires (entre 0,16 et 0,5% de l’emploi non qualifié). Autrement dit, si le gouvernement avait appliqué le dispositif intermédiaire (STW3) dès le début de la crise, on aurait pu sauver presque autant d’emplois mais à un coût moindre.


Fourni par l’auteur

Ceci s’explique par l’existence d’effets d’aubaine : certaines firmes, dans lesquelles l’emploi n’était pas menacé, ont utilisé le chômage partiel pour ajuster leurs heures de travail. Si le chômage partiel est trop généreux (comme c’est le cas avec STW2), ces effets d’aubaine peuvent être importants. En adoptant un dispositif légèrement moins généreux, on peut limiter les effets d’aubaine et cibler les aides uniquement sur les entreprises dans lesquelles l’emploi est menacé. On parvient alors aux mêmes résultats en termes de taux de chômage, avec un coût plus modéré.

Rétention de main-d’œuvre

À court terme, le chômage partiel permet de sauver des emplois mais il peut également engendrer des effets à plus long terme qui restent aujourd’hui difficiles à mesurer.




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Premièrement, il permet d’éviter que le capital humain des travailleurs ne soit détruit : lorsqu’une personne perd son emploi, une partie du savoir et du savoir-faire accumulé par le travailleur au sein de son entreprise est perdu, ce qui peut induire une perte de productivité pour l’entreprise et une perte d’employabilité pour le travailleur. Le chômage partiel permet, en préservant l’emploi, de sauvegarder une grande partie du capital humain.

Deuxièmement, le chômage partiel permet aux entreprises d’éviter certains coûts de gestion liés aux fluctuations de l’économie et de la main-d’œuvre : en période de récession, la firme n’a pas à subir les coûts liés aux procédures de licenciement, tandis qu’en période d’expansion la firme n’a pas besoin de réaliser des procédures de recrutement chronophages et potentiellement coûteuses.




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Troisièmement, le chômage partiel freine la réallocation des travailleurs au sein de l’économie et engendre un phénomène de rétention de main-d’œuvre : comme le chômage partiel cible majoritairement des emplois peu qualifiés, il maintient en vie des secteurs d’activité peu productifs et potentiellement en déclin, empêchant ainsi certains secteurs en expansion de pourvoir des postes vacants et de se développer. Ce constat semble cohérent avec les difficultés de recrutement actuelles mentionnées par de nombreux chefs d’entreprises.

Il faudra plusieurs années avant de pouvoir mesurer pleinement les effets de long terme du chômage partiel, en termes de préservation du capital humain ou de réallocation des travailleurs. Néanmoins, à court terme, et étant donné les nombreuses incertitudes qui ont entouré la crise sanitaire, nous pouvons déjà établir que la politique menée par le gouvernement a effectivement permis de stabiliser l’emploi.



Anthony Terriau, Maître de conférences en économie, Le Mans Université

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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