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Emploi

Personne ne devient soudainement vieux et improductif à 65 ans. Il faut repenser les lois sur l’âge de la retraite

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Au Canada, les gouvernements ont établi que la vie active des Canadiens s’étend de 15 à 65 ans, ce qui fausse complètement la réalité.

Selon le recensement de 2016,un Canadien sur cinq – 1,1 million – continue de travailler après 65 ans. Et un tiers d’entre eux font du temps plein.

Ces proportions sont encore plus fortes parmi les employés du secteur privé et les travailleurs autonomes, ce qui tire l’âge moyen de la retraite à 64,4 ans, soit trois ans de plus en deux décennies. Au Québec, l’âge moyen de la retraite est plutôt de 62 ans.

Fausses idées sur l’âge de 65 ans

Même si la retraite obligatoire à 65 ans est interdite depuis 2011, cet âge demeure la référence pour toutes les lois et politiques, y compris les définitions de Statistique Canada.

Dans bien des provinces, les travailleurs de plus de 65 ans ne sont plus indemnisés en cas de blessure. Ceux qui se blessent après 63 ans ne seront indemnisés que pendant deux ans au maximum.

Les employeurs ne sont plus obligés de réembaucher un travailleur de 65 ans après un arrêt de travail pour blessure ni de leur assurer une couverture médicale, dentaire ou d’assurance vie ou invalidité.

Mais quelle magie opère donc au moment de souffler sa 65e bougie ? L’employée de 64 ans a les mêmes compétences ou capacités que la collègue qui en a 65, sauf que cette dernière voit disparaître tous ses avantages sociaux.

Alors que la population vieillit, le gouvernement doit désormais reformuler les notions de vie active et de retraite afin d’assurer le développement économique et social du Canada. D’autres pays l’ont fait.

Une évolution récente

La détermination de l’âge de la vieillesse à 65 ans est relativement récente.

En 1889, l’Allemagne, première nation à adopter un système de pension, avait fixé l’âge d’admissibilité à 70 ans. Les Terre-Neuviens, qui avaient fait de même dès 1911, l’avaient fixé à 75 ans. Quant au Canada, il avait d’abord choisi 70 ans pour sa première loi en la matière, en vigueur de 1927 à 1952.

En 1965, les réformateurs du Régime de pensions du Canada ont fixé à 65 ans le nouveau seuil pour toucher la pension complète et recevoir les prestations de Sécurité de la vieillesse. C’est ainsi que, pour les travailleurs canadiens, 65 est devenue le marqueur universel de leur sortie du marché du travail et de leur entrée officielle dans la vieillesse.

Pourtant, démographes, économistes et sociologues conviennent tous qu’il faut maintenant revoir ce seuil, qui ne cadre plus avec l’époque.

Les Canadiens vivent plus longtemps et en meilleure santé que jamais. Ils étudient beaucoup plus longtemps, ce qui retarde leur entrée sur le marché du travail à temps plein. Et ils triment beaucoup moins dur dans presque toutes les catégories d’emploi.

La plupart des emplois n’exigent plus un travail physique intense.
(Andrea Piacquadio, Pexels)

Qu’entend-on par « vieux » ?

Il existe plusieurs manières de redéfinir la vieillesse qui apporteraient de grands avantages sociaux et économiques.

L’une d’elles consiste à distinguer clairement la « jeune » vieillesse (de 65 à 74 ans), la vieillesse « moyenne » (75 à 84 ans) et le grand âge (85 ans et plus).

Une telle catégorisation, en plus de mieux rendre compte de la diversité des personnes âgées, permettrait de concevoir des politiques plus sensées et mieux adaptées à chacun de ces trois groupes.

Par exemple, les vertus du travail après 65 ans ne sont plus à démontrer pour certains groupes. Les lois et politiques qui dissuadent les « jeunes » vieux de continuer de travail ne devraient plus avoir droit de cité.

Une deuxième option consiste à moduler l’âge officiel de la vieillesse pour tenir compte de la longévité croissante. Il y a un siècle, l’espérance de vie des Canadiens à 65 ans était de 13 ans. Actuellement, elle est de 18 ans pour les hommes et de 22 ans pour les femmes.

Compte tenu de cette situation, il serait logique de relever le seuil de la vieillesse. Au Royaume-Uni, une proposition en ce sens a inspiré le slogan « 70 est le nouveau 65 ».

Une femme blonde âgée est assise entre deux personnes plus jeunes dans une réunion de bureau
Les femmes vivent plus longtemps et participent plus que jamais au marché de travail.
(Shutterstock)

Orienté vers les hommes

Enfin, la notion de vieillesse doit pouvoir mieux tenir compte du sexe. Les femmes vivent plus longtemps que les hommes, et sont donc classées « vieilles » pendant beaucoup plus d’années. Selon le dernier recensement canadien, la plupart des 9 000 centenaires au pays sont des Canadiennes. Elles ont donc été classées comme « âgées » le tiers de leur vie.

Historiquement, la fixation d’un âge de retraite unique à 65 ans reflétait la situation des hommes à une époque où très peu de femmes travaillaient hors du foyer.

Comme les femmes vivent sensiblement plus longtemps que les hommes, elles doivent donc travailler plus longtemps pour disposer d’une épargne retraite similaire. À salaire égal, la chose est impossible si on les pousse à « raccrocher leurs patins » au même âge que les hommes.

Une nouvelle conception de la vieillesse réduirait considérablement le nombre de personnes dites « âgées » et refléterait plus fidèlement le nombre total de Canadiens actif sur le marché de l’emploi.

Une définition moderne atténuerait également les stéréotypes, notamment l’âgisme. Elle inciterait les gouvernements à réformer leurs lois désuètes tout en contribuant à résorber la pénurie de la main-d’œuvre.

« Jeunesse n’a pas d’âge », dit le proverbe. L’augmentation de l’âge de la vieillesse ne serait certainement pas difficile à vendre aux Canadiens. Après tout, qui ne voudrait pas redevenir jeune ?



Thomas Klassen, Professor, School of Public Policy and Administration, York University, Canada

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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