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Voici pourquoi on ne peut plus pêcher le maquereau et le hareng de printemps

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L’annonce de Pêches et Océans Canada de suspendre la pêche commerciale au maquereau bleu et au hareng de printemps du sud du golfe du Saint-Laurent a fait des vagues à l’aube de l’ouverture de la saison de la pêche.

Cette décision aura des répercussions sur l’industrie des pêches à plusieurs niveaux puisque ces espèces sont pêchées non seulement à des fins commerciales, mais aussi pour servir d’appât dans les pêches au homard, au crabe des neiges ou encore au flétan de l’Atlantique. Toutefois, vu l’état précaire de la portion adulte et exploitable de ces populations, que l’on nomme le stock, la fermeture de la pêche s’avère la bonne décision.

Chercheurs en écologie halieutique, nous nous intéressons à la dynamique des stocks de poissons exploités commercialement. Nous expliquons ici les causes ayant mené à la suspension de la pêche au maquereau et au hareng de printemps du sud du golfe du Saint-Laurent, ainsi que ses implications pour l’industrie des pêches.

Une forte mortalité chez les adultes

La dernière évaluation des stocks de maquereau bleu et de hareng de printemps du sud du golfe du Saint-Laurent a révélé des taux de mortalité élevés chez les poissons adultes. On estime que malgré les fortes réductions des prises commerciales au cours des 20 dernières années, les quotas passant de 75 000 tonnes à 4 000 tonnes chez le maquereau, et de 16 500 tonnes à 500 tonnes chez le hareng de printemps, la mortalité par la pêche demeurait tout de même trop forte pour favoriser la croissance des stocks, en particulier chez le maquereau.

La biomasse des stocks adultes de maquereau et de hareng de printemps a diminué jusqu’à atteindre des planchers records. Les données sont issues des rapports d’évaluation de stock de Pêches et Océans Canada.
(Pablo Brosset), Fourni par l’auteur

En plus de la pression de pêche élevée, la mortalité naturelle des poissons par prédation a aussi rapidement augmenté, un phénomène bien détaillé chez le hareng du sud du golfe du Saint-Laurent.

Le phoque gris, aujourd’hui 16 fois plus abondant que dans les années 1960, constitue le principal prédateur du hareng.

Les populations de fous de Bassan de l’île Bonaventure et du Rocher aux oiseaux, d’importants consommateurs de hareng et de maquereau, se situent également à des niveaux élevés.

phoque gris sur une roche
Le phoque gris est le plus grand prédateur du hareng.
(Shutterstock)

Un autre grand prédateur responsable de la mortalité élevée du hareng adulte est le thon rouge, dont l’abondance a rapidement augmenté dans les eaux du golfe au cours de la dernière décennie.

Des conditions néfastes pour la survie des larves

En plus de la forte mortalité affectant les adultes, le déclin de l’abondance du maquereau et du hareng de printemps jusqu’aux présents planchers records s’explique par une baisse du recrutement de ces stocks.

Le recrutement, qui se définit comme l’arrivée d’une nouvelle cohorte annuelle au sein du stock adulte, est demeuré relativement faible depuis les années 2000 pour le hareng et depuis les années 2010 pour le maquereau. Cette réduction de la force du recrutement est fort probablement liée aux conditions environnementales devenues défavorables pour les larves. En effet, lors des premières semaines de vie, alors que les jeunes poissons ne mesurent que quelques millimètres et subissent une forte mortalité, leur survie dépend directement du succès à s’alimenter de leurs proies principales, des crustacés microscopiques qui composent le zooplancton.

larves de poissons de toutes tailles
La survie des larves de maquereau dépend de la disponibilité de leurs proies zooplanctoniques.
(Claude Nozères), Fourni par l’auteur

Or, le réchauffement rapide du sud du golfe du Saint-Laurent au cours des deux dernières décennies a altéré la composition, la distribution et la période de développement des organismes du zooplancton. Il en a résulté un déphasage spatial et temporel entre l’émergence des larves de maquereau et de hareng de printemps et la production de leurs proies préférées. Ce décalage a affaibli le taux de survie larvaire et provoqué l’échec du recrutement, empêchant donc la reconstitution des stocks de poissons.

À la suite de la suspension de la pêche, le taux de rétablissement des stocks dépendra donc grandement du retour des conditions favorisant la survie larvaire et le recrutement. Les projections climatiques à court terme ne permettent malheureusement pas d’entrevoir un retour à des années plus froides, souvent caractérisées par un meilleur synchronisme des événements favorisant la survie des larves.

Une pénurie d’appâts à prévoir

L’impact de la fermeture de la pêche au hareng de printemps et au maquereau se répercute au-delà de la pêche commerciale dirigée sur ces deux stocks. En effet, ces espèces forment les principaux appâts dans les casiers à homard et à crabe des neiges, et sur les hameçons visant le flétan de l’Atlantique et le thon rouge. Ces pêcheries, parmi les plus lucratives du golfe, connaissent des beaux jours, ayant rapporté plus de 1,3 milliard de dollars aux pêcheurs du Québec et des provinces de l’Atlantique en 2020.

La demande déjà forte en appâts se retrouve ainsi exacerbée. Les coûts supplémentaires anticipés en lien avec l’approvisionnement en appâts risquent d’accentuer l’augmentation rapide des prix pour les ressources les plus prisées du golfe du Saint-Laurent.

Quelles sont les solutions ?

La solution ultime à la présente crise est de poursuivre les mesures strictes de gestion des stocks de maquereau et de hareng visés par la suspension des pêches, pour préserver un nombre suffisant de reproducteurs dans l’attente de conditions environnementales favorables à leur rétablissement. Toutefois, comme ces espèces n’atteignent la taille minimale de capture permettant leur exploitation qu’à l’âge de 3 à 4 ans, on ne peut pas espérer d’effet à court terme des mesures de gestion si bien que nous devons nous armer de patience.

À court terme, les pêcheurs du sud du golfe du Saint-Laurent vont devoir compenser la pénurie d’appâts en s’approvisionnant en maquereau provenant de l’étranger, par exemple de l’Europe, où le stock est en meilleure santé. Les coûts directs et environnementaux de ce transport n’en font toutefois pas une solution idéale à long terme. La pêche au hareng d’automne, qui elle demeure ouverte, pourra également permettre aux pêcheurs de s’approvisionner plus tard dans la saison.

Finalement, une solution novatrice envisagée est l’élaboration d’appâts alternatifs, qui remplaceraient complètement le hareng et le maquereau dans les casiers à crustacés.

Des équipes de recherche travaillent présentement à élaborer une recette efficace pour la fabrication de tels appâts en utilisant des coproduits marins. Les coproduits sont les matières dérivées de la transformation des produits de la mer en usine, valorisables autrement que dans l’alimentation humaine.

La fabrication d’appâts alternatifs est une piste de solution à envisager pour la valorisation des coproduits d’espèces comme le sébaste, dont la pêche à grande échelle devrait bientôt reprendre dans le golfe du Saint-Laurent à la suite de l’augmentation rapide de ses effectifs.



Dominique Robert, Professeur et Chaire de recherche du Canada en écologie halieutique, Université du Québec à Rimouski (UQAR)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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